Qui de nous n'est pas prêt à faire la consolation et le bonheur de sa maman !

                                                 Le cri-cri de la boulangère

 

          Mon ami Jacques entra un jour chez un boulanger pour y acheter un tout petit pain. . .

          Pendant qu'il attendait sa monnaie, un petit garçon de six à sept ans, pauvrement mais proprement vêtu, entra dans la boutique du boulanger.

          - Madame, dit-il à la boulangère, maman m'envoie chercher du pain. . .

          La boulangère tira de la case aux miches de quatre livres le plus beau pain qu'elle y put trouver et le mit dans les bras du petit garçon.

          Mon ami Jacques remarqua alors la figure amaigrie et pensive du petit acheteur; elle faisait contraste avec la mine ouverte et rebondie du gros pain dont il semblait avoir toute sa charge.

          - As-tu de l'argent ? dit la boulangère à l'enfant.

          Les yeux de l'enfant s'attristèrent.

          - Non, madame, répondit-il en serrant plus fort sa miche contre sa blouse, mais maman m'a dit qu'elle viendra vous parler demain.

          - Allons, emporte ton pain, mon enfant.

          - Merci, madame, dit l'enfant.

          Mon ami Jacques venait de recevoir sa monnaie. Il avait mis son emplette dans sa poche et s'apprêtait à sortir, quand il retrouva , immobile, derrière lui, l'enfant au gros pain qu'il croyait déjà bien loin.

          - Qu'est-ce que tu fais donc là ? dit la boulangère au petit garçon qu'elle croyait aussi parti. Est-ce que tu n'es pas content de ton pain ?

          - Oh ! si, madame, dit le petit, il est très beau.

          - Eh bien ! alors, va le porter à ta maman. Si tu tardes, elle croira que tu t'es amusé en route, et tu seras grondé.

          Le petit garçon ne parut pas avoir entendu. Quelque chose semblait attirer son attention. La boulangère s'approcha de lui et lui donna amicalement une tape sur la joue.

         - A quoi penses-tu, au lieu de te dépêcher ? lui dit-elle.

         - Madame, dit l'enfant, qu'est-ce qui chante donc ici ?

         - On ne chante pas, répondit la boulangère.

         - Si, dit le petit. Entendez-vous : cuic, cuic, cuic, cuic ?

         La boulangère et mon ami Jacques prêtèrent l'oreille, et ils n'entendirent rien, que le refrain de quelques grillons, hôtes ordinaires des maisons où il y a des boulangers.

         -C'est-il un petit oiseau, dit le petit bonhomme, ou le pain qui chante en cuisant, comme les pommes ?

         - Mais non, petit nigaud, lui dit la boulangère, ce sont des grillons . Ils chantent dans le fournil parce qu'on vient d'allumer le four et que la vue de la flamme les réjouit.

         - Les grillons ? C'est-il ça qu'on appelle des cri-cri ?

         - Oui, lui répondit complaisamment la boulangère.

         Le visage du petit garçon s'anima.

         - Madame, dit-il en rougissant, je serais bien content si vous vouliez me donner un cri-cri . . .

         - Un cri-cri ! dit la boulangère en riant; qu'est-ce que tu veux faire d'un cri-cri, mon cher petit ? Va, si je pouvais te donner tous ceux qui courent dans la maison, ce serait bientôt fait.

         - Oh ! madame, donnez-m'en rien qu'un seul si vous voulez ! dit l'enfant en joignant ses petites mains pâles par-dessus son gros pain. On m'a dit que les cri-cri, ça portait bonheur aux maisons; et peut-être que, s'il y en avait un chez nous, maman, qui a tant de chagrin, ne pleurerait plus jamais . . .

         - Et pourquoi pleure-t-elle, ta pauvre maman ? dit mon ami Jacques, qui ne put se tenir davantage de se mêler à la conversation.

         - A cause des notes, monsieur, dit le petit. Mon papa est mort et maman a beau travailler, nous ne pouvons pas toutes les payer.

         Mon ami Jacques prit l'enfant, et avec l'enfant le pain, dans ses bras; et je crois qu'il les embrassa tous les deux.

         Cependant la boulangère, qui n'osait pas toucher elle-même aux grillons, était descendue dans son fournil.

         Elle en fit attraper quatre par son mari, qui les mit dans une boîte avec des trous sur le couvercle, pour qu'ils puissent respirer; puis elle donna la boîte au petit garçon, qui s'en alla tout joyeux.

         Quand il fut parti, la boulangère et mon ami Jacques se donnèrent une bonne poignée de main.

         Pauvre bon petit ! dirent-ils ensemble.

        La boulangère ouvrit alors son livre de comptes. Elle l'ouvrit à la page où était celui de la maman du petit garçon, fit une grande barre sur cette page, parce que le compte était long, et écrivit au bas : payé.

       Pendant ce temps-là, mon ami Jacques, pour ne pas perdre son temps, avait mis dans un papier tout l'argent de ses poches, où heureusement il s'en trouvait beaucoup ce jour-là, et avait prié la boulangère de l'envoyer bien vite à la maison de l'enfant aux cri-cri, avec sa note acquittée et un billet où il disait qu'elle avait un garçon qui ferait un jour sa joie et sa consolation.

        On donna le tout à un garçon boulanger qui avait de grandes jambes, en lui recommandant d'aller vite.

        L'enfant, avec son gros pain, ses quatre grillons et ses petites jambes, n'alla pas si vite que le garçon boulanger; quand il entra, il trouva sa maman, les yeux pour la première fois depuis longtemps levés au-dessus de son ouvrage, un sourire de joie sur ses lèvres.

        Il crut que c'était l'arrivée de ses quatre petites bêtes noires qui avait fait ce miracle, et mon avis est qu'il n'eut pas tort. Est-ce que, sans les cri-cri et son bon coeur, cet heureux changement serait survenu dans l'humble fortune de sa mère ?

 

                                                                                         P.J  STAHL

                                                                           ( Morale familière)

                                                 

Commentaires (1)

1. abilmatar ayoub (site web) 28/08/2008

salut moi ayoub rahna toujour m3akoum bljadid

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